L'aumônier et la providence de Dieu
- 28 juin
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Dire que Dieu ne fait rien pour rien serait un euphémisme. En fait, la Bible nous indique clairement que « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu », si on jette un coup d’œil à Romains 8:28.
Ceux qui ont lu mon tout premier article se souviendront que la Ligue chrétienne de Montréal a eu un puissant impact dans ma vie. C’est d’ailleurs grâce aux trois co-fondateurs (Sébastien, Flavio et Joas) que je prends connaissance de l’existence d’une conférence Foi et Sport au Collège Champlain de Longueuil plus tôt cette année. C’est justement à cette conférence, en avril dernier, que j’ai fait la rencontre de David Marticorena, aumônier du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Malgré quelques embûches et changements de plan, j’ai eu le plaisir de discuter avec lui à nouveau pour vous écrire cet article.
Un préambule intéressant
Entraîneur de football au niveau collégial et universitaire durant plusieurs années à Thetford Mines, Magog, Sherbrooke et même à Grenoble en France, David n’avait jamais eu comme projet de devenir aumônier. En fait, c’est à son retour de France qu’il décide d’assister à un camp d’été chrétien de Hockey Ministries International (HMI) – organisation qui dessert plusieurs aumôniers de la Ligue nationale de hockey (LNH), la Ligue américaine de hockey (LAH) ainsi que la Ligue canadienne de hockey (LCH) et qui œuvre en Amérique du Nord et en Europe. À ce camp, David est moniteur et sert de pont entre les joueurs sur la glace et l’organisation HMI.

« À la fin du camp, Don Liesemer Jr. qui est en charge de Hockey Ministries – fondée par son père – a vu comment j’étais avec les jeunes joueurs de hockey, comment j’étais avec les campeurs et il m’a dit ‘Sachant que tu es croyant et que tu es dans le sport, considérerais-tu devenir aumônier pour le Phoenix de Sherbrooke?’ », a révélé David en se rappelant le début de son aventure.
« Je lui ai demandé ce que faisait un aumônier parce que je ne savais pas c’était quoi. Il m’a expliqué que c’était de se rendre disponible et d’aller avec l’équipe, c’est un service confidentiel si les joueurs le demandent quand c’est permis par l’équipe », a expliqué l’aumônier.
C’est donc en 2012 que David débute la profession, autrefois inconnue pour lui. Il rejoint le Phoenix de Sherbrooke qui fait son entrée dans la LHJMQ lors de la saison 2012-2013.
« Évidemment, il y a une vérification des antécédents qui se fait ; après, il y a une formation et il y a un code de conduite à suivre. Ensuite, tu te rends disponible, puis, selon l’entente avec l’entraîneur, tu amènes des « chapelles » avec un sujet – avec une participation sur une base volontaire. Mais souvent, les joueurs vont aussi proposer des sujets et à chaque semaine il y a des rencontres individuelles.
Plusieurs joueurs me demandent de prendre un temps avec eux. »
En tant qu’aumônier, David n’a d’ailleurs pas de limite établie à proprement parler, tant et aussi longtemps qu’il respecte la volonté du ou des joueurs qu’il rencontre.
L’importance d’être vrai
Les Québécois et Québécoises qui lisent présentement ces lignes connaissent très bien l’expression suivante : « Les bottines doivent suivre les babines ». Pour ceux et celles qui ne seraient pas familiers avec le vocabulaire, l’expression signifie simplement de ne pas seulement dire quelque chose, mais également d’effectuer les actions en conséquence. En anglais, « walk your talk » est l’expression qui pourrait être utilisée.
Comme le dit Jacques 1:22-25 : « Mettez en pratique la parole, et ne vous bornez pas à l'écouter, en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements. Car, si quelqu'un écoute la parole et ne la met pas en pratique, il est semblable à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui, après s'être regardé, s'en va, et oublie aussitôt quel il était. Mais celui qui aura plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui aura persévéré, n'étant pas un auditeur oublieux, mais se mettant à l'œuvre, celui-là sera heureux dans son activité. »
Voulez-vous un exemple? Je vous en donne un – tiré d’une situation vécue récemment.
Il y a quelques jours, je devais aller à l’épicerie pour acheter des condiments – et pas n’importe lesquels – un paquet de trois avec du ketchup, de la moutarde et de la relish. Je devais ensuite aller chercher d’autres jeunes adultes de mon église pour passer une soirée tous ensemble pour fêter le début de l’été en passant du bon temps. Le problème est que malgré toutes les bonnes intentions du monde, je n’arrivais pas à trouver ce que je cherchais dans la section des condiments. Après avoir discuté avec un commis, j’apprends que l’article que je recherche tant est en fait près du comptoir des viandes.
Pas certain de comprendre le rapport avec l’article actuel? Faites-moi confiance et continuez à lire.
Je retourne dans l’allée où devaient être les condiments puisqu’elle était directement en face des caisses. En marchant dans celle-ci, un monsieur d’un certain âge m’arrête et demande mon aide pour rejoindre un pot de moutarde de Dijon situé sur la tablette la plus élevée. Je lui donne, je lui souhaite de passer une bonne journée et je continue mon trajet vers la sortie.
Supposons maintenant que ce monsieur remarque la croix et la couronne d’épines que j’ai toujours attachées à une chaîne autour de mon cou quand je suis en public. Supposons également qu’il paie pour la moutarde et quitte le magasin, qu’il revient chez lui, se prépare à manger et décide d’aller faire un tour au parc pour y manger son sandwich. Maintenant, imaginez qu’un frère ou une sœur en Christ décide de faire un tour à ce même parc pour évangéliser et qu’il ou elle s’assoit avec le monsieur et commence à discuter avec lui de l’amour de Dieu. Ce monsieur se souviendrait alors de la gentillesse que j’ai eue à son égard et verrait que les paroles qui lui sont annoncées sont en accord avec mon geste.
Revenons dans le passé et supposons maintenant que je décide d’éviter le monsieur et que je refuse de l’aider. Il remarque que je suis chrétien, mais je n’agis pas comme Dieu me demanderait de faire à ce moment. Ce monsieur demanderait donc de l’aide à quelqu’un d’autre et finirait tout de même par aller manger au parc. Mais, cette fois, l’impact du message de l’amour de Dieu ne serait pas le même dans son cœur, puisque mes bottines ne suivraient pas les babines du frère ou de la sœur en Christ qui voudrait l’évangéliser.
Cette réalité s’applique à plein d’autres situations, dont celle d’un aumônier qui côtoie par exemple une équipe de hockey et qui tente de bâtir un lien de confiance avec les joueurs.
« Quand tu regardes des personnes de l’élite d’un métier, il y a une grande humilité qui vient avec ça et il y a aussi de la reconnaissance et du respect quand tu es vrai, quand les bottines suivent les babines […] Dans le milieu sportif, si tu ne fais pas ça, ça parait vite, d’être faux ça ne passe pas », a avoué David, qui compte maintenant 14 ans d’expérience en tant qu’aumônier.
« Je n’ai pas d’agenda quand je vais vers eux. Je suis là pour prendre soin d’eux. Mon travail, c’est de leur apporter quelque chose, soit de les encourager – personne n’est mort de se faire encourager », a-t-il ajouté sur un ton humoristique.
« Est-ce que je suis parfait dans ma relation avec Dieu? Non. Est-ce que j’ai des combats comme personne? Oui. J’ai des choses que Dieu travaille dans ma vie, mais ma démarche vers Dieu est sincère et humblement et grâce à Dieu mes bottines suivent les babines. »
Surnommé « Jésus » par le groupe d’entraîneurs de l’équipe, David avance également qu’il s’agit d’une bonne façon de « se souvenir de qui il représente ». « Ce n’est pas d’avoir peur de Dieu, c’est une sainte crainte. J’ai intérêt à être sharp et à être droit. Oui [ma marche avec Christ] a un impact et c’est important, parce que si tu es hypocrite ou si tu as un agenda, ça se sent vite », reconnaît-il.
« Les gens qui sont après eux pour leur intérêt, il y en a plein. Que ce soit des fans, des femmes, des oncles, des tantes… Quand le joueur est repêché dans la LNH, soudainement il y a un oncle après lui et ça lui dit ‘Ah mon neveu préféré…’ alors que ça fait quatre ans qu’il ne lui a pas parlé. C’est important d’agir comme je le dis parce que si t’es quelqu’un qui croit en Dieu ou qui a un lien avec Dieu, t’as intérêt [à le faire]. »
« Il y a des joueurs avec lesquels ça m’a pris jusqu’à leur quatrième année pour qu’ils viennent me parler, parce qu’ils se sont dit ‘il est vrai’. [Les joueurs doivent] se rendre vulnérables, mais il faut faire ses preuves. Les joueurs en ont fait du temps de patin et de hockey avant d’arriver junior-majeur. Ton humilité est importante. »
La foi, un pilier important dans une situation difficile
Parfois confronté à des situations plus compliquées qu’une simple diminution du temps de jeu ou qu’une frustration d’un joueur associée à une décision de l’entraîneur en tant qu’aumônier, David a également vécu des situations difficiles dans sa vie personnelle, comme tous et chacun.
Pour sa famille et lui, la situation la plus corsée survient en fait un an avant qu’il se lance comme aumônier.
« La foi, c’est hautement important », a d’abord rappelé David, avant de s’ouvrir sur cette période difficile.
« En 2011, ma femme et moi, on a perdu notre première fille à la naissance. Je viens d’une famille chrétienne et j’avais été élevé dans la foi, mais j’avais plus délaissé ça. C’est un évènement qui m’a ancré à nouveau et qui m’a ramené vraiment ma relation avec Dieu. L’année suivante, je suis devenu aumônier et oui, c’était un évènement dramatique, mais ensuite j’ai vécu un nombre incalculable de moments où Dieu a pris soin de moi. De m’appuyer sur lui, moi je sais que quand c’est au-delà de mes forces et quand quelque chose est trop grand et trop fort pour moi, je peux m’en remettre à lui, autant de manière globale qu’au quotidien.»
« Je sais qu’il y a des situations où je ne sais pas [quoi faire], mais je vais prier, je vais demander conseil à quelqu’un et la réponse va arriver ou je vais être capable de me référer à la bonne personne, que ce soit en tant qu’aumônier ou dans la vie. Quand je lis la Bible ou que je prends du temps avec Dieu, il a réponse à mes questions, il y a un soutien, un réconfort, une paix. Donc, oui, [la foi] c’est très important. »
Dieu pourvoit pour aider les autres
Alors que certains aumôniers ont l’opportunité d’être rémunérés pour leurs services, d’autres doivent offrir leur aide de manière bénévole. C’est le cas pour David, qui est également courtier immobilier afin de pouvoir pourvoir aux besoins de sa famille.
« Je suis privilégié parce que ça me donne de la flexibilité. C’est un milieu qui est compétitif, qui est exigeant, l’immobilier, mais j’ai une bonne agence et l’agence où je suis, ce sont des gens qui étaient dans les forces de l’ordre ou quasiment tous des athlètes. On a une patineuse artistique, un autre qui a joué au football universitaire, il y a du basketball, du volleyball. Ce sont des gens qui sont compétitifs, mais qui ont un bon esprit d’équipe. C’est stimulant, puis on est bien rémunéré pour ça, donc je pourrais faire plus d’argent en étant juste courtier immobilier, mais servir dans un ministère comme aumônier me permet aussi d’être dans le milieu sportif que j’aime beaucoup. »
« Dans le sport d’élite, il y a une qualité de personne. C’est du monde qui aime performer, mais ce sont souvent des gentlemen et des gentlewomen parce que c’est difficile d’être à un haut niveau en étant un coéquipier pourri. Pour performer à ce niveau-là, tu as besoin de beaucoup de monde autour, de côtoyer ces personnes-là et de leur apporter quelque chose et de prendre soin d’eux. Souvent c’est l’inverse qui se passe. On leur demande beaucoup, on leur demande de représenter leur équipe, leur région, leur province, leur pays. C’est vrai qu’ils ont beaucoup de ressources, mais ils ne sont pas condamnés à réussir, ils sont condamnés à l’excellence. »
Comme le bélier dans le buisson lorsque Dieu a demandé à Abraham de sacrifier son fils Isaac, comme la manne tombée du ciel pour les Israélites dans le désert ou comme les cinq pains et les deux poissons du jeune garçon pour nourrir les 5000 hommes et dans bien d’autres situations, Dieu a pourvu et il continue de pourvoir pour David et sa famille.
Un souhait pour lui-même et les autres chrétiens
« J’aimerais qu’il y ait plus de croyants qui s’engagent dans notre société. C’est bien d’être impliqué dans les églises et dans nos communautés chrétiennes, mais un des grands appels qu’on a en tant que croyant, c’est d’être du sel qui donne de la saveur (Matthieu 5:13), d’être une lumière quand c’est sombre (Matthieu 5:14). D’avoir l’intention de prendre soin de notre entourage, que ce soit avec tes collègues dans une usine, dans ton équipe, dans ton milieu. Tu as des talents, tu as des dons de coaching, d’écriture, de journalisme, de communication, de soudure, etc. Utilise-les et implique-toi. Je fais du bénévolat depuis 2012, mais je n’ai jamais manqué de rien et Dieu a toujours pourvu. »
« Nos sociétés ont besoin de gens qui prennent le temps de s’impliquer. Le premier appel que Dieu a donné à ses disciples, c’est de faire de toutes les nations des disciples (Matthieu 28 :19). Ça veut dire : encouragez-les et soyez du sel, soyez une lumière. Il faut s’impliquer dans ce à quoi on est appelé et ce n’est pas toujours 0 ou 100. La foi, c’est un muscle que Dieu travaille. Il y a plein d’exemples où Dieu confie plus petit avant de confier plus grand, donc est-ce qu’un jour je vais être à temps plein? Peut-être, mais ça commence par du temps partiel, ça commence par s’impliquer. »
« Les premières chapelles étaient une fois par mois, ensuite ça a été une fois par deux semaines et l’entraîneur lors de ma deuxième année m’a demandé de faire ça à chaque semaine. »
C’est toujours le cas depuis.
Je vous encourage donc moi-même, pour conclure, à vous impliquer et à être un exemple pour tous et toutes des fruits que produit l’Esprit au travers de vous. Demeurez ferme dans la foi et il saura pourvoir pour vous lorsque viendra l’orage.
Soyez bénis, frères et sœurs.


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